La Japanese Odyssey: Une aventure de plus de 2400 kms - Interview avec Duncan Lloyd

La Japanese Odyssey: Une aventure de plus de 2400 kms - Interview avec Duncan Lloyd

Duncan Lloyd est sur le point de participer à la Japanese Odyssey, une aventure pour les cyclistes endurants qui fait plus de 2400 kms et passe à travers les plus beaux endroits du Japon. L’aventure commence à Tokyo, le 17 septembre 2016, et se terminera à Osaka, 14 jours plus tard. Sur sa route, Duncan aura la chance d’apercevoir des volcans en activités, de goûter à la cuisine locale et même de dormir dans des abribus. Si par hasard vous vous trouvez au Japon au même moment et apercevez un homme dans son sac de couchage sous un abribus, laissez le se reposer et laissez lui un peu de chocolat bien calorique. Il est prévu qu’il dépense entre 12000 et 15000 calories par jour…

L’année dernière les coureurs de la Japanese Odyssey sont passés par le Mont Aso aka, point de contrôle no3. L’un des volcans actif le plus grand au monde.

Bonjour Duncan, pouvez-vous vous présenter, où habitez-vous et que faites-vous dans votre temps libre?

Je suis né à Swansea il y a 48 ans. Après avoir quitté l’université j’ai travaillé dans l'industrie pétrolière pendant 30 ans avant de décider de faire une pause, je travaillais beaucoup à l’étranger et voulais me concentrer sur l’éducation de ma fille. A ce moment là j’ai commencé à faire des courses de cyclisme à temps plein dans la ligue nationale en République tchèque (Czech National Masters League). J’habite à Prague depuis 15 ans mais je reviens régulièrement à Swansea rendre visite à ma famille. En 2016, je suis arrivé 3ème dans la ligue nationale de la République tchèque (Czech (ELM) Masters cycling league) - une série de 26 courses qui dure un an et regroupe des courses de route, courses contre-la-montre et courses en côte.

Lorsque j’étais adolescent j’avais l’habitude de faire des courses contre-la-montre à Swansea avec le club des Swansea Wheelers, mais j’ai du arrêter à cause de mes obligations au travail. J’ai recommencé à faire des courses de vélo quand j’étais en Norvège il y a 9 ans, et je me suis tout de suite lancé à nouveau dans plusieurs grandes courses. J’ai participé à 6 Etape du Tour, au Quebrantahuesos en Espagne, ainsi qu'à 3 des 5 grands classiques: j’ai participé deux fois à Paris-Roubaix, au Tour des Flandres une fois, et j’ai fait Liège-Bastogne-Liège 3 fois.

En 2013, je me trouvais au Vietnam pour le travail où je me suis impliqué dans l’association caritative Newborns Vietnam située à Da Nang et qui a pour but de lutter contre le taux de mortalité des nouveaux nés prématurés. J’ai parcouru plus de 1200 kms au Vietnam avec deux des meilleurs cyclistes endurants au monde: Mike Hall et Richard Dunett. Passer du temps avec eux m’a donné l’envie d’en savoir plus sur l'ultra cyclisme, et après plusieurs sorties à vélo ensemble au Vietnam en 2014 et 2015, Mike Hall m’a parlé de la Japanese Odyssey. L’aventure me semblait pleine de challenge, me voici inscrit pour ma première course d’ultra distance.

Vous allez commencer une course d'ultra cyclisme de plus de 2400 kms à travers le Japon. Comment vous êtes vous entraîné pour vous préparez à une telle aventure?

Je fais de la course depuis un an et demi en République tchèque et je m’entraine avec un coach professionnel qui me prépare des entrainements toutes les semaines en coordination avec l’emploi du temps de mes courses. Je m'entraîne également avec un capteur de puissance pour optimiser mes courses ainsi que ma forme physique. M'entraîner 6 jours par semaine m’a permis d’améliorer ma forme physique de 18% en 2016, ce qui est énorme. Pour faire court, je m’entraine beaucoup sur ma forme physique en période de courses et je me sers de la période de creux d’Octobre à Mars pour travailler sur ma forme physique en général, où je fais beaucoup de longue sorties en vélo de 150-250 kms. Chaque année depuis 3 ans je parcours environ 1200-1500 kms en 10 jours ce qui renforce ma capacité en endurance.

Avez-vous déjà participez à d’autres courses d’ultra-distance? Quels autres courses voudriez-vous faire?

J’ai participé à plusieurs courses sur 3 jours au Vietnam (et j’ai également roulé du Sud au Nord du Vietnam). Ces courses font environ 1200-1500 kms et durent 10 jours, donc je suis habitué à parcourir de longues distances jour après jour. Je dis toujours que le moment le plus difficile dans ce genre d'événement c’est le deuxième jour quand il faut repartir sur son vélo, si vous arrivez à surmonter ce deuxième jour, vous arriverez à finir l’aventure. La différence avec la Japanese Odyssey c’est que je devrais augmenter le nombre de kilomètres parcourus jour après jour d’environ 100km le premier jour et jusqu'à 150-250km/jour les jours suivants afin de finir l’aventure dans les 14 jours imposés. Dans ces courses d'ultra cyclisme, les cyclistes ont souvent un traqueur GPS avec eux pour savoir où ils en sont et pour pouvoir les suivre en direct sur internet. Ceci leur offre une certaine sécurité - il est toujours bon de savoir où le cycliste se trouve en temps réel, et vérifier si il est bien passé par les points de contrôle requis.

Je pense que la course Transcontinentale organisée par Mike Hall est l’une des courses d’ultra-distance les plus difficiles (excepté le tour du monde). La course de 2016 vient tout juste de se terminer et j’ai pu suivre l'événement sur Facebook. La Ride Across America à l’air vraiment bien aussi, et beaucoup moins stressante que la Race Across America (qui demande le soutien d’une équipe entière pour chaque cycliste).

Les montagnes à Kyushu

Vous avez récemment changé de vélo, qu’avez vous choisi, et où l’avez vous trouvé?

Oui, je viens de prendre un Condor Fratello fabriqué sur mesure. Condor (un des magasins de vélo les plus anciens du Royaume-Uni, qui existe depuis 1948) fabrique tous mes vélos, et celui ci est mon quatrième vélo Condor. Mon vélo Fratello est fabriqué spécialement pour la course d’ultra distance. Je reviens tout juste d’une sortie à vélo d’essai de 265 kms autour de Exmoor et Dartmoor à Devon. Nous avons commencé à rouler à 5h du matin dans la nuit noire pour tester les éclairages et puis pour s'entraîner à rouler dans la nuit.

Le cadre du vélo est fait d’acier Columbus très léger, parfait pour de longues journées en selle. Pour la partie mécanique j’utilise toujours la marque Shimano qui est vraiment de confiance. La transmission secondaire est composée d’une chaîne compacte 50-34 et d’une cassette 12-34 à l'arrière. Les roues sont faites sur mesure par la marque Pacenti avec des jantes de 25mm et des pneus sans chambre à air Schwalbe Pro One 28”, qui sont plus sûrs lors de courses ultra-distance. Le guidon est équipé de repose-bras pour varier mes positions pendant la course. J’ai un dynamo moyeu (générateur électrique) sur ma roue avant pour alimenter mes éclairages Supernova. J’utilise également un GPS Garmin eTrex 30x pour naviguer plutôt qu’un GPS pour cycliste puisque mon Garmin fonctionne sur batteries donc je n’aurais pas à m'arrêter pour le recharger.

Vous emmenez également un antivol Litelok avec vous, c’est surement la première fois qu’un Litelok participe à une telle aventure! Pourquoi avez-vous choisi Litelok?

Pendant la Ride Across America une de mes amies s’est fait voler son vélo pendant qu’elle achetait un café dans un petit magasin au milieu de la course. Cela m’a fait penser à prendre un antivol avec moi pour ma course au Japon. Mon amie m’a dit qu’elle n’avait même pas pensé à prendre un bon antivol avec elle.

J’ai demandé conseil à un ami qui travaille dans l’industrie du vélo - Luke Humphreys qui travaille chez Velobrands, de me présenter les options que je pouvais trouver pour verrouiller mon vélo. Il m’a tout de suite conseillé Litelok, l’antivol le plus léger et solide sur le marché, et m’a envoyé un lien vers leur site internet. Lorsque j’ai regardé leur site internet pendant que j’étais chez mon père, à Swansea, j’étais étonné de voir qu’ils étaient également basés à Swansea, je les ai donc appelés et ils m’ont tout de suite invités dans leurs locaux pour parler de leurs produits et de l'histoire de Litelok.

A gauche: Ben Cory-Wright (De l’équipe Litelok), au milieu: Duncan Lloyd, à droite: Neil Barron (Fondateur de Litelok)

La Japanese Odyssey est un événement non-assisté, vous allez être tout seul durant la plupart de l’aventure. Avez-vous prévu de dormir à l'hôtel ou de faire du camping? Ou bien un mélange d’un peu des deux?

C’est une bonne question. Où et quand je dors dépendra vraiment de l’endroit où je me trouve, si il y a des hôtels de disponibles, des zones de campements ou même des endroits où j’ai le droit de m’abriter, comme des abribus par exemple. J'emmène avec moi seulement des équipements extrêmement légers, fabriqués en grande partie par Rab, j’ai un Bivi-bag, un sac de couchage avec matelas intégré super léger. Le secret pour faire ses bagages c’est de s'entraîner à rouler 3 objets ensembles pour prendre le moins de place possible. J’utilise des sacs de rangement Apidura très pratiques pour répartir équitablement le poids des mes affaires sur mon vélo.

Sur le trajet nous avons de longues transitions entre les différents points de contrôle - certaines sont au sommet des montagnes ou volcans. Lors de ces longues transitions j’imagine que je devrais camper pendant plusieurs heures, il faudra absolument que je fasse un maximum de kilomètres pendant les jours de plat donc je dormirais environ 4 à 5 heures par nuit ces jours là. Et j'espère aussi qu’une fois bien lancé dans l’aventure je pourrais trouver un point d’eau chaude dans les montagnes où je pourrais me baigner, laver quelques affaires et passer une bonne nuit dans un vrai lit. Mais je dois surtout me rappeler que je ne suis pas en vacances non plus, moins je pédale plus je prend du retard, et il faut absolument que je finisse l’aventure dans les 14 jours impartis.

Norikura Pass - Point de controle no2, pendant la Japanese Odyssey de 2015.

Allez vous prendre avec vous de la nourriture ou des boissons spéciales? Qu’allez vous manger pendant cette aventure?

Non, je n’apporte rien avec moi, ce serait beaucoup trop lourd. Et si je mange des gels énergétiques pendant 2 semaines mon estomac ne le supporterai pas. La règle principal c’est: mangez ce que vous trouvez sur votre route. Arrêtez-vous lorsque vous pouvez acheter quelque chose à manger et mangez dès que vous le pouvez. Je devrais brûler environ 12 à 15000 calories par jour, ce qui est énorme.

Manger et boire seront indispensable pour gagner cette course. Je me souviens que Mike Hall m’avait raconté que lors de son tour du monde il avait dû dissoudre du sucre dans un verre et le boire seulement pour pouvoir avoir assez de sucre pour continuer. J’aurais une petite musette (sac qui me permet de manger) pour avoir un peu de nourriture sur moi et pour pouvoir manger tout en pédalant. Apparement au Japon il y a beaucoup de petits magasins en bord de route où l’on peut acheter des produits locaux. C’est l’un des aspects les plus excitants de cette aventure, essayer des nouveaux aliments.

Quels conseils pourriez-vous donner à d’autres personnes qui veulent se lancer dans la course d’ultra-distance?

Parlez-en à des professionnels. Les meilleurs coureurs du Royaume-Uni sont amateurs, ils travaillent la journée et sont très accessibles sur Facebook par exemple. J’ai reçu plusieurs bons conseils de cette façon, des choses auxquelles on ne penserait pas si on a pas vécu une course telle quelle au moins une fois.

L'entraînement, vous devez être capable de pédaler plusieurs jours de suite, donc faites des sorties à vélo sur plusieurs jours et allez camper, ou bien inscrivez-vous à une course sur plusieurs jours.

Le rythme, ne pensez pas que chaque jour doit être une course, allez à un rythme que vous pouvez supporter, écoutez votre corps. Par exemple je sais que je peux pédaler à un rythme assez rapide pendant 90 kms avant que je manque de sucre dans le sang, donc je dois m'arrêter pour manger et boire tous les 50 kms environ - mais ceci ne concerne que moi, tout le monde est différent.

Equipement, réfléchissez bien à ce que vous prenez avec vous. Achetez l'équipement le plus léger possible et apprenez à ranger vos affaires efficacement. Vous devez pouvoir tout sortir et ranger très rapidement, le temps dehors n’est jamais prévisible.

Vos roues - Sans chambre à air ou avec? Ceci est un choix personnel, mais sachez que les chambres à air rajoute un poids supplémentaire et le poids de votre vélo sera un élément clé lors de vos courses.

Sécurité - Allez vous prendre le risque de partir sans antivol? On a bien vu en 2016 que même les cyclistes en pleine course se faisaient voler leur vélo. J’ai hâte de pouvoir essayer mon antivol Litelok en conditions réelles au Japon et ensuite en donner mon avis. Vous pouvez tester tous vos équipement avant de partir afin d'être sûr que vous partez avec les bons accessoires pour vous.

Faites un bilan santé et dentaire avant votre départ - Vous aurez certainement des problèmes de santé mineurs durant la course, mais en revanche les gros problèmes, surtout de dents vous entraîneront à abandonner la course, donc c’est important de faire un bilan avec votre médecin général ainsi qu’avec votre dentiste avant de partir.

Que se passe-t-il à la fin de la course, il y a t-il une grande fête?

Les courses d'ultra cyclisme sont une récompense en elles-mêmes, il n’y a pas de médailles, pas de cérémonie. Tout le monde sait qui a fini premier, deuxième et troisième à chaque événement. On vous félicite surtout d’avoir terminer l’aventure dans le temps imparti, il n’y a pas de fanfare. Dans la plupart des cas les cyclistes veulent tout simplement rentrer chez eux et dormir.
Pour la Japanese Odyssey, il y a une fête de fin de course le 1er octobre (le 14ème jour) à Osaka. Ce sera surement un grand repas ensemble avec quelques bières et un moyen de partager notre expérience vécue lors de ces 14 derniers jours.

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